JIM – Deux lits de psychiatrie fermés, une hospitalisation non volontaire en plus

La fermeture de lits de psychiatrie ne va pas sans soulever de nombreux problèmes dont la presse se fait régulièrement l’écho, malheureusement souvent dans la rubrique des faits divers. La France n’est pas la seule à avoir mis en place ces mesures, nos voisins d’Outre-Manche sont soumis aux mêmes restrictions et le contingent de lits de psychiatrie a considérablement diminué en Angleterre depuis 1988.

Dans le même temps, ont été mises en place des structures et des équipes de proximité, comme alternatives à l’hospitalisation.

Ces structures ne semblent toutefois pas régler tous les problèmes. C’est en tous cas ce qui ressort d’une étude réalisée en Angleterre. Les auteurs ont conçu ce qu’ils appellent une étude « écologique » dans le but d’éclaircir un point précis. Les données disponibles pointent en effet une augmentation régulière et continue des hospitalisations non volontaires en secteur psychiatrique, depuis 1983. La question est de savoir si cette augmentation est ou non en lien avec la fermeture des lits d’hospitalisation.

Entre 1988 et 2008,  alors que la réduction des lits d’hospitalisation dépassait les 60 %, les hospitalisations non volontaires augmentaient aussi de plus de 60 %. Deux lits fermés se soldent l’année suivante par une hospitalisation non volontaire en plus (- 0,60, IC 95 % – 1,06 à – 0,15). Ces évolutions semblent relativement synchrones, avec un décalage d’un an. Le lien est particulièrement étroit pour les fermetures de lits non sécurisés et les hospitalisations à la demande d’un tiers, plus que pour les hospitalisations d’office qui sont stables pendant toute la période étudiée.

Les auteurs estiment fort peu réaliste l’idée d’une augmentation de 60 % des pathologies psychiatriques en Angleterre entre 1988 et 2008. Ils avancent donc d’autres hypothèses. Il est probable que la pénurie de lits allonge les délais d’hospitalisation volontaire, voire la rende impossible, conduisant à des situations critiques nécessitant une hospitalisation non volontaire. Il se peut aussi que les hospitalisations de plus en plus brèves laissent sortir des patients dont les troubles ne sont pas vraiment contrôlés et dont l’état se dégrade peu à peu après leur retour à domicile ou qui ne peuvent pas être pris en charge par les équipes de proximité. Une autre hypothèse fait valoir un changement d’attitude des patients et des médecins vis-à-vis de l’hospitalisation non volontaire, mais cela ne suffirait sans doute pas à expliquer l’amplitude des variations.

Si le design de l’étude ne permet pas de réponse définitive, le résultat met toutefois en évidence la nécessité d’anticiper sur les conséquences des fermetures de lit d’hospitalisation en psychiatrie, et suggère la nécessité de développer les structures d’accueil de proximité et de les doter de moyens sérieux pour recevoir et suivre au plus près les patients.

Dr Roseline Péluchon

Keown P et coll. : Association between provision of mental illness beds and rate of involuntary admissions in the NHS in England 1988-2008: ecological study. BMJ, 2011; 343: d3736. doi: 10.1136/bmj.d3736

via  Deux lits de psychiatrie fermés, une hospitalisation non volontaire en plus.

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