Prise en charge du Hancicap psychique: des avancées fragiles selon l’IGAS

De bons points, avec la création de nouveaux dispositifs, de nouvelles places et de nouvelles échelles d’évaluation, mais encore beaucoup d’obstacles et d’insuffisances à surmonter, comme, tout simplement l’hétérogénéité de la reconnaissance du handicap psychique ou les ruptures dans les parcours de soin.

Ce rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié au 26 septembre, évalue la mise en œuvre des différents dispositifs depuis l’adoption de la loi du 11 février 2005 consacrant l’égalité des droits et des chances et la participation et la citoyenneté des personnes atteintes de handicap psychique.

 

On estime que 30 % des français seraient concernés par un problème plus ou moins grave de santé mentale (troubles anxieux, de comportements, de l’humeur, ou liés aux addictions) mais il reste impossible de déterminer la part des personnes dont l’altération psychique entraîne un handicap réel. Les associations estiment que 1 % de la population française serait touché par un trouble psychique pouvant entraîner un handicap. La mission est partie du principe que la personne handicapée psychique étant également un patient, il est possible de s’intéresser à elle sous ces deux aspects, sachant que les données concernant les troubles psychiques ne permettent de donner qu’une vision imparfaite de la situation actuelle.

« Comment vivre avec »

C’est ce qu’a évalué la mission de l’Igas à travers la construction, du projet de scolarisation, du projet de vie et du parcours de soin par les institutions et acteurs des champs sanitaires, médico-sociaux, sociaux, éducatifs et par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). La création des MDPH a permis de faire accéder à des dispositifs d’accompagnement qui facilitent le projet de vie, cependant, l’autonomie reste parfois un enjeu difficilement atteignable, et il est nécessaire de maintenir une palette d’offres adaptées à la spécificité du handicap psychique. Un constat identique pour les enfants et adolescents, qui ont besoin à la fois d’une scolarisation « normale » et de prises en charge alternatives en établissements d’éducation spéciale ou de santé.

Les bonnes pratiques et les bons points de la Loi:

A minima, souligne le rapport, la Loi aura permis la prise en considération du handicap psychique

· au sein des MDPH : De nouveaux outils se mettent en place comme les grilles d’évaluation des besoins (GEVA), des questionnaires spécifiques destinés aux équipes médicales, à la personne et à ses aidants pour éclairer l’expression du projet de vie ;

 

· dans les dispositifs de prise en charge, des places et des services d’accompagnement sont aujourd’hui dédiés à ce handicap comme les services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS), ou d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH dits « psy »).

 

Des difficultés persistent :

 

La reconnaissance du handicap psychique reste extrêmement aléatoire et hétérogène. La question du risque à faire entrer ces altérations du psychisme dans le monde du handicap, notamment pour les enfants, persiste, malgré de nouvelles échelles d’évaluation. Les ruptures restent fréquentes dans la continuité de soins et le parcours de vie, lourdes de conséquences, ce qui impose de nouveaux modes d’organisation.

 

Le manque au niveau de l’accompagnement de proximité et au quotidien est toujours aigu.

Le principe d’un moindre recours à l’hospitalisation fait peser sur les familles une charge que toutes ne peuvent assumer, et qui nécessite de nouveaux dispositifs individuels et communautaires. L’accès au logement et l’intégration professionnelle sont toujours insuffisants, malgré les solutions apportées par les SAVS (Service d’accompagnement à la vie sociale) et SAMSAH (Service d’Accompagnement Médico-Social pour Adultes Handicapés). Enfin, les élus ne sont pas toujours mobilisés.

Les établissements et services d’aide par le travail (ESAT) montrent une progression, avec 18 % de places dédiées en 2008 contre 13 % en 2007 mais les entreprises qui représentent une solution moins stigmatisante, rechignent.

L’inclusion scolaire a évolué favorablement grâce à la loi de 2005 avec l’établissement d’un projet personnalisé de scolarisation mais, pour l’année scolaire 2010-2011 le ministère de l’éducation nationale n’a recensé qu’un peu plus de 50.000 enfants « affectés de déficiences psychiques » scolarisés dans le premier et le second degré public ou privé et 77 à 85 % d’entre eux bénéficieraient du soutien d’un intervenant extérieur.

La formation des professionnels, l’information/communication du public et des usagers, restent encore à renforcer, précise la mission, tout comme l’information sur la diversité des intervenants et les dispositifs de réponse existant en santé mentale et du handicap psychique. Une meilleur connaissance des besoins, pour les politiques aussi s’avère nécessaire, avec, en particulier, la mise en place d’études épidémiologiques (prévalence des troubles, conséquences sur l’environnement familial et social, effets des soins et des accompagnements mis en place).

Enfin, si la poursuite de nombreux programmes d’ouverture d’établissements et services médicosociaux ne parvient à répondre que partiellement à la forte demande d’accueil, la mission insiste sur la nécessité de maintenir l’ensemble de la palette de solutions et des efforts en cours, grâce à un pilotage régional de l’offre associant tous les partenaires, une meilleure implication des associations d’usagers, des élus locaux, sous le pilotage des ARS et les directions chargées de la cohésion sociale.

En conclusion, la Mission précise que ces points de vigilance ne remettent pas en cause la mise en œuvre progressive de la loi du 11 février 2005, mais d’alerte sur la poursuite nécessaire des efforts entrepris.
Source:

IGAS « La prise en charge du handicap psychique »

 

Cette actualité a été publiée sur Santelog, le 03/10/2011 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration  de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.

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