Quel rôle de la psychiatrie dans la sécurité publique ? -Communiqué du Collectif pour une psychiatrie de progrès

Au gré des faits divers d’un côté, de l’expression médiatique des usagers et des professionnels de l’autre, le discours des pouvoirs publics et la jurisprudence oscillent. Dans un registre comme dans l’autre, les professionnels sont enjoints de faire plus et mieux, et leurs pratiques sont incriminées.

Le Collectif pour une psychiatrie de progrès constate un manque de clarté des objectifs assignés à la psychiatrie et rappelle, dans un communiqué, comment un équilibre peut émerger, prenant en compte de façon réaliste les aspirations et les responsabilités de la société et des professionnels. Le Collectif estime qu’il est aujourd’hui urgent de redéfinir le pacte qui lie ce dernier aux professionnels de la santé mentale. Le collectif «pour une psychiatrie de progrès» tient à rappeler que :

  • Les troubles psychiatriques ne sont pas en soi générateurs de violence et de danger.
  • Les pertes de contrôle et les passages à l’acte des personnes atteintes de troubles psychiatriques sont favorisés par des facteurs externes parmi lesquels la consommation de substances psycho-actives, l’arrêt des traitements médicamenteux contrôlant les dérèglements de la pensée, l’absence d’interaction humaine et de suivi clinique, les situations de stress ou de conflit, l’exclusion sociale.
  • Les situations de danger qui en découlent peuvent être désamorcées par une prise en charge adaptée et un encadrement adéquat. Mais tous les risques de passage à l’acte ne peuvent toujours être prédits ni prévenus. Sur ce plan, ils doivent être analysés comme les passages à l’acte suicidaires, ou les pertes de contrôle des personnes ne présentant pas de troubles psychiatriques caractérisés.
  • Une approche probabiliste du danger, reposant sur la prise en compte de différents facteurs est parfois envisageable, mais elle n’est jamais en mesure de déboucher sur la détermination d’un degré de risque de l’imminence d’un passage à l’acte. Une démarche médicale ne peut se retrouver dans une telle approche, déjà contestée scientifiquement. Le pronostic médical est celui de l’évolution d’une maladie avérée, et non celui de la prédiction de troubles du comportement.
  • En définitive, la meilleure garantie demeure la cohérence et la qualité du dispositif de soins. Il revient aux pouvoirs publics de veiller aux moyens dont il dispose, et qui sont défaillants dans nombre de territoires.
  • Dans ces conditions, la responsabilité de la décision et de la mise en œuvre de mesures de précaution restrictives de liberté ne peut être assumée que solidairement, dans le cadre prévu par la loi. Elle implique, depuis la loi de 2011, le psychiatre traitant, le directeur de l’hôpital, le préfet, le juge des libertés, et le directeur de l’ARS, chacun de ces acteurs ayant à statuer en conscience, dans le cadre de ses attributions, et n’ayant pas à être mis en cause personnellement, sauf faute lourde, pour l’évaluation qu’il a à effectuer en toute indépendance.

C’est de l’interaction entre chacune de ces responsabilités que peut émerger un équilibre entre la légitimité des différentes aspirations de notre société, entre le respect des libertés individuelles et les attentes de sécurité des citoyens

Suite : Quel rôle de la psychiatrie dans la sécurité publique ? Communiqué du Collectif Pour une psychiatrie de progrès.

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