La psychiatrie a également pris le chemin de l’ambulatoire dans les cliniques privées- paris-normandie.fr

En psychiatrie, les établissements privés proposent de plus en plus d’ateliers animés par des intervenants extérieurs en complément du travail classique avec les psychiatres
La psychiatrie n’échappe pas à la prise en charge ambulatoire dans un contexte où le but recherché doit être la réinsertion du patient et son autonomie. Prévenir le risque de rechute est l’autre axe majeur poursuivi par les praticiens qui reçoivent les patients en hôpital de jour. Éric Gauthier, directeur de la clinique Océane du Havre, Christian Hamel, cadre de santé à la clinique La Mare ô Dans aux Damps, et le Dr Philippe Cléry-Melin, PDG du groupe Sinoué propriétaire de la Clinique des Portes de L’Eure à Vernon, posent leur diagnostic.

La clinique des Portes de l’Eure à Vernon débarque dans l’univers de la médecine en Haute-Normandie.

Cet établissement propose un dispositif innovant, lequel s’appuie sur la réhabilitation psychosociale et la gérontopsychiatrie, dans une logique de parcours de soins de vie du patient, quels que soient les troubles, à partir de 16 ans et aux trois âges de la vie. La Clinique qui est un espace de soins personnalisés avec plateforme de diagnostic, a accueilli ses premiers patients le 1er octobre 2015 et elle a été inaugurée le 7 novembre dernier.

S’il est trop tôt pour avoir des retours d’expériences, il est possible de poser les enjeux. « L’enjeu est de prévenir, d’intervenir précocement et de rendre ces fragilités réversibles », explique le Dr Philippe Cléry-Melin.

Psychiatre de formation et PDG du groupe Sinoué, le Dr Philippe Cléry-Melin a construit son projet dans l’Eure en s’appuyant du travail déjà réalisé depuis une dizaine d’années en Rhône-Alpes.

L’idée générale est de limiter au maximum les primo hospitalisations longue durée et les rechutes lourdes qui entraînent également des séjours supérieurs à 1 mois.

« Quel que soit leur âge, il s’agit de proposer à ces adultes, la réponse la mieux adaptée à leurs besoins pour les accompagner vers leur rétablissement, c’est-à-dire leur permettre d’être à nouveau en capacité de s’insérer dans la vie normale, de nouer des liens sociaux, retrouver l’autonomie, reconstruire sa vie, intégrer un emploi, fonder une famille, ou tout simplement retrouver son domicile », appuie le Dr Philippe Cléry-Melin.

L’implantation à Vernon n’est pas le fruit du hasard. « Le territoire de Vernon qui rassemble 1/5e de la population de la région se distingue par une mortalité par suicide plus élevée que sur l’ensemble de la région » (source : Observatoire régional de la santé Haute-Normandie, 12-01-2012). Lorsqu’il a défendu son projet devant l’ARS et les collectivités locales, le groupe Sinoué a fait remarquer que si « l’offre sociale et médico-sociale destinée à la prise en charge des personnes âgées et des personnes handicapées est dynamique sur le territoire de l’Eure, les lits d’hospitalisation en psychiatrie, particulièrement en gérontopsychiatrie, ainsi que les structures alternatives à l’hospitalisation classique, font largement défaut. »

Les personnes seules sont les plus vulnérables

Toujours dans l’Eure, aux Damps, à la clinique de la Mare ô Dans, un établissement moderne (ouvert en 2011), les praticiens sont confrontés à la même population. En hospitalisation de jour, ils suivent soit des patients qui sortent d’un séjour à temps plein et qui ont besoin de soins de suivi, soit des patients qui reviennent en consultation car ils se sentent vulnérables. L’arrivée en octobre 2015 d’un nouveau psychiatre, le Dr Gérard Loie, a permis à la clinique dirigée par Hélène Véron, d’améliorer son offre de soins. « Nous allons monter en charge en file active » (NDLR : total des patients vus au moins une fois dans l’année soit en hospitalisation, soit en consultation, soit en visite à domicile), annonce Christian Hamel, le cadre de santé. La clinique de La Mare ô Dans développe les ateliers (musicologie, gymnastique) animés par des intervenants extérieurs. En 2016, un psychologue rejoindra l’équipe pour animer des groupes de parole.

Pour Christian Hamel, il est également capital de tisser des liens étroits avec les associations qui œuvrent dans le social. « Surtout lorsque le patient n’a pas de conjoint et qu’il vit seul. Il faut être extrêmement vigilant. L’objectif, c’est d’éviter les hospitalisations complètes. »

« C’est un moyen de favoriser la réinsertion »

Directeur de la clinique Océane au Havre, Éric Gauthier décrit « l’ambulatoire en psychiatrie comme un axe de soins parallèle à l’hospitalisation complète ». Elle s’adresse aux personnes qui ont connu un long séjour consécutif à un état dépressif grave. « C’est un moyen de favoriser la réinsertion de ces personnes, de leur permettre de retrouver un équilibre dans leur vie quotidienne ». C’est toujours le psychiatre qui fixe la fréquence des visites en hospitalisation de jour. « Et la durée dans le temps», précise Éric Gauthier. Comme ses collègues, il insiste sur le double objectif de l’ambulatoire en psychiatrie : l’aide à la sortie et la prévention pour éviter la rechute. Dans ce deuxième cas de figure, les patients sont toujours « adressés (NDLR : à nous) par un professionnel de santé, un généraliste, un psychiatre exerçant en libéral, un autre établissement hospitalier. Il y a toujours la validation d’un professionnel de santé avant la reprise en charge d’un patient ».

À l’instar des autres cliniques spécialisées en psychiatrie, la clinique de l’Océane appuie le travail quotidien de ses quatre psychiatres à temps plein par des ateliers animés par des intervenants extérieurs (musicologue, relaxologue). Un atelier de maquillage est également proposé. Toujours dans l’idée de permettre aux patients d’avoir une meilleure image de lui-même. Et d’être capable de s’accepter en dehors des murs de la clinique. S’il est incontournable pour soigner une crise aiguë, l’internement n’a plus sa raison d’être lorsque le patient a remonté la pente et qu’il est sur le chemin de la réinsertion.

Olivier Drevon : «L’ambulatoire évite la rupture»

Trois questions à Olivier Drevon, médecin psychiatre et président de l’Union nationale des cliniques psychiatriques (UNCPSY)

La prise en charge des pathologies psychiatriques est-elle ancienne?

Olivier Drevon : « Les hôpitaux publics ont en effet mis en place l’hospitalisation de jour dès les années 70. Ils prennent traditionnellement en charge les troubles psychotiques. Le privé lui, n’a eu les autorisations qu’en 2005 et s’est davantage orienté vers l’accompagnement des troubles dépressifs, des addictions, des pathologies anxieuses, des troubles bipolaires. Aujourd’hui, on traite à peu près toutes les pathologies psychiatriques en ambulatoire en dehors des phases aiguës. L’hospitalisation classique permet d’initier un traitement, elle est indispensable quand les pathologies sont lourdes, quand le patient peut passer à l’acte. Après, il faut soigner dans la durée, on accompagne le patient. Guérir d’une dépression demande du temps. Mais ce n’est pas indispensable de le garder dans un lit d’hôpital. »

Que permet alors l’ambulatoire en psychiatrie ?

n « L’ambulatoire évite d’abord la rupture avec le milieu social. Si vous isolez une femme qui a des enfants pendant trois semaines, c’est dérangeant pour le système familial. Dans le cas d’une addiction, le patient peut consolider son sevrage. Il vaut mieux qu’il se confronte à son contexte et ses difficultés quotidiennes. Nous avons beaucoup moins de rechute. L’ambulatoire permet de renforcer la prise en charge. Ce sont des rendez-vous sur le long terme. Ce sont des structures organisées avec des programmes de soins. Les patients ont à leur disposition un outil thérapeutique efficace. Ce ne sont pas des après-midi pour occuper les gens, c’est un vrai traitement. »

En quoi la prise en charge en ambulatoire se différencie-t-elle de rendez-vous récurrents avec des professionnels ?

« La consultation ne suffit pas toujours. C’est une prise en charge hachée, et tout le monde n’a pas envie de voir un psy tous les 15 jours. En ambulatoire, un lien se crée avec le patient. C’est un outil de travail intéressant, d’autant plus intéressant s’il est dynamique, si les professionnels ont des formations différentes de la psychiatrie. Il doit y avoir d’autres supports que la parole, des jeux, des groupes de théâtre, des ateliers photos… Cette pluridisciplinarité est nouvelle. Il n’y a pas un modèle, il y a de nombreuses thérapies. C’est tout un parcours pour retrouver un équilibre. »

Source : La psychiatrie a également pris le chemin de l’ambulatoire dans les cliniques privées de Haute-Normandie – paris-normandie.fr

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