Phobies de l’enfant : les repérer et les traiter précocément

Réunis à Paris du 20 au 22 janvier dernier pour le plus grand congrès de psychiatrie francophone, chercheurs et psychiatres ont abordé de multiples facettes de leur discipline. Une place importante a été donnée à la pédopsychiatrie.
Les phobies de l’enfant ont fait l’objet d’une communication. Les experts ont ainsi souligné qu’il est important de diagnostiquer et de prendre en charge dès que possible ce trouble anxieux qui se maintient fréquemment à l’âge adulte et s’associe alors à un risque d’addiction non négligeable.

« On semble rencontrer de nouveau des phobies chez l’enfant, alors qu’on en parlait moins il y a quelques années », a indiqué le Dr Jean-Philippe Raynaud, (Toulouse) lors d’une session sur ce thème au récent Congrès de l’Encéphale (Paris, 20-22 janvier). Par définition, cette peur est éprouvée par l’enfant face à un objet ou une situation qui ne comporte pas, objectivement, de caractère dangereux. Le jeune patient peut d’ailleurs lui- même en reconnaître le caractère irrationnel et la critiquer. Le diagnostic n’est pas toujours évident, la reconnaissance de ce trouble anxieux pouvant être masquée par des manifestations ou des conduites d’évitement. Comme le souligne le Pr Alain Malchair (Belgique), il n’est pas toujours facile de savoir, chez certains enfants, si on a affaire à un trouble anxieux « simple » ou si la phobie s’associe à un trouble au pronostic moins favorable, comme une psychose débutante. Ce d’autant plus que la phobie peut, chez l’enfant non psychotique, s’accompagner d’authentiques hallucinations, ont insisté les deux spécialistes.

Plus courantes chez les enfants de parents eux-mêmes anxieux, ainsi que chez les filles, ces phobies spécifiques sont assez fréquentes, avec une prévalence de 5 % en population générale, et de 15 % en population clinique, reconnaît le Dr Raynaud. S’accompagnant en clinique d’un autre diagnostic psychiatrique six fois sur dix (autre trouble anxieux dans 80 à 90 % des cas, trouble de l’humeur dans 10 à 30 %), ces phobies doivent être repérées et prévenues chez les enfants que l’on perçoit comme à risque (tempérament inhibé, craintif). Au vu des études, elles semblent être sans lien avec le niveau d’éducation ou d’intelligence de l’enfant, ou le fait que le parent soit isolé. « Quant aux liens avec le niveau socioéconomique de la famille, les résultats sont imprécis et le degré de risque faible », ajoute le Dr Raynaud.

Thèmes variés, spécifiques à l’enfant ou non

Les phobies spécifiques de l’enfant, retenues par la classification DSM, sont de plusieurs types : animaux, environnement naturel (orages…), vue du sang, situations particulières comme un voyage en avion, un passage dans un tunnel, bruits forts, personnages costumés (y compris les clowns et le père Noël). « Mais il en existe d’autres, comme la peur des terroristes, des voleurs, la peur des maladies (nosophobie), la peur des objets tranchants ou de s’en servir, la peur des espaces ouverts (agoraphobie), ou des espaces clos (claustrophobie…), la peur de voir son corps se transformer en être anormal (dysmorphophobie), la phobie sociale chez l’adolescent, et bien sûr la phobie scolaire, qui est un mauvais terme, considère le Dr Raynaud, car elle peut être favorisée par une peur de la séparation du milieu familial chez le jeune enfant, alors qu’elle met plutôt en jeu une peur de la socialisation chez le plus grand. » Certains enfants vont jusqu’à développer une néophobie, c’est-à-dire une peur devant toute situation nouvelle.

Il faudra être attentif aux plaintes physiques, qui sont peu spécifiques, mais sont rarement diagnostiquées : maux de tête, douleurs abdominales, tension musculaire, troubles du sommeil. Certains critères devront inquiéter, comme l’intensité des phobies, leur persistance dans le temps, le caractère inhabituel de la thématique phobique, la multiplicité des thèmes.

Thérapies individuelles ou collectives

Le traitement, qui doit être mis en place dès la première consultation, fait appel à des interventions psychoéducatives ou à la thérapie cognitivo-comportementale : gestion de l’anxiété, exposition en imagination, relaxation, éducation des parents, entraînement aux habiletés sociales et à l’affirmation de soi ou, en France, à la thérapie d’inspiration psychanalytique. « La thérapie peut être effectuée en groupe si besoin car il n’est pas démontré que les résultats soient moins bons qu’en thérapie individuelle », souligne le Dr Raynaud.

L’implication des parents est importante en termes de bénéfices thérapeutiques chez les jeunes enfants (moins chez les adolescents). Le soutien parental, voire familial (fratrie), est nécessaire « car les troubles peuvent s’avérer épuisants pour l’entourage, lequel vit au quotidien les angoisses de l’enfant, ses exigences, ses moments de découragement ; or, les parents sont eux-mêmes souvent anxieux ».

Le traitement médicamenteux a une place très réduite (antihistaminiques de façon ponctuelle, éventuellement antidépresseurs Isrs et tricycliques en traitement de fond…), mais, s’il est administré, il doit être poursuivi après la rémission. La phobie scolaire doit être considérée comme une urgence thérapeutique. Malgré tout, les dispositifs éducatifs instaurés ces dernières années ont permis de faire des progrès et d’éviter des interruptions de scolarité.

 

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