La prise de conscience de l’impact sanitaire des addictions reste à venir | Egora.fr

LES 10 DEFIS DES 40 ANS A VENIR – A l’occasion des 40 ans de la revue Egora – Panorama du médecin, des leaders dans dix domaines de pointe en santé se sont prêtés au jeu des prédictions concernant l’évolution de leur discipline dans les prochaines décennies.
Pour le Pr Michel Lejoyeux (Paris), [Le Pr Michel Lejoyeux vient de publier « Tout déprimé est un bien portant qui s’ignore », éd. J.-C. Lattès, 2016.] le défi en addictologie réside dans l’émergence d’une vraie culture de santé publique et moins de déni concernant les conséquences délétères des addictions.
Si, sur le plan médical, les travaux de recherche en neurobiologie laissent imaginer la mise au point dans les années à venir de médicaments qui agissent sur l’addiction, certaines dépendances, notamment à l’alcool ou au tabac, ne sont toujours pas assez reconnues au niveau sociétal comme un vrai problème de santé publique, en dépit de leur impact sanitaire. Une situation paradoxale que souligne le Pr Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie, chef de service à l’hôpital Bichat-Beaujon, président d’honneur de la Société française d’alcoologie et coordinateur pour l’Île-de-France du Desc en addictologie.
Egora : Quels sont les grands progrès réalisés ces dernières années en addictologie?

Pr Michel Lejoyeux : Dans le champ de la connaissance des mécanismes impliqués dans l’addictologie, il y a eu d’importantes avancées réalisées sur les déterminants biologiques intervenant dans la perte de self control et des systèmes de récompense cérébraux. Pour l’heure, on ne dispose toujours pas de marqueurs biologiques qui nous permettraient de poser un diagnostic d’addiction avec un examen d’imagerie médicale, mais les travaux en cours sont vraiment encourageants. L’autre grande avancée en addictologie, c’est la structuration, ces dernières années, des approches relationnelles et psychothérapiques. Quand on aborde les comportements addictifs d’un point de vue psychothérapique, l’idée ne repose plus simplement sur l’incitation à changer mais sur des techniques très structurées d’abord relationnel avec ces patients, et principalement l’entretien motivationnel.

Comment imaginez-vous les progrès dans votre domaine à moyen terme?

La recherche de nouveaux médicaments agissant sur l’addiction mobilise de nombreuses équipes dans le monde. Ainsi, l’utilisation du baclofène dans le traitement de l’alcoolisme a suscité d’immenses espoirs. Actuellement, plusieurs nouvelles molécules sont testées, intervenant

sur le système sérotoninergique qui est impliqué dans le comportement de self control. Des ligands de certains récepteurs de la sérotonine, en association avec des molécules des systèmes opioïdes, pourraient présenter un intérêt pour la mise au point d’une nouvelle stratégie au sevrage. Si un traitement faisait disparaître de manière régulière et rapide l’envie d’une substance addictogène, cela changerait considérablement l’abord de l’addictologie.

D’autres progrès dans la prise en charge des patients?

On peut espérer que demain il y ait une vraie culture de la santé publique de l’addictologie et que son impact en termes de mortalité soit davantage reconnu et moins dénié. Autrement dit, on peut imaginer une Assemblée nationale qui ne considère pas comme mesure urgente d’autoriser la publicité sur le vin ou que le sujet d’un « paquet de cigarettes neutre » ne fasse pas l’objet de débats passionnés. Mais il faudrait que les mentalités évoluent, avec une prise de conscience de l’impact sanitaire et médical des addictions. Des progrès sociétaux qui dépassent le champ de la médecine.

Source : La prise de conscience de l’impact sanitaire des addictions reste à venir | Egora.fr

Publicités