Comment les objets connectés peuvent aider la psychiatrie – Le Point

Plus de 4 000 experts en psychiatrie sont réunis à Paris, à l’occasion du 15e Congrès de l’Encéphale qui se tient jusqu’à vendredi, pour mettre à jour leurs connaissances, discuter de leurs pratiques et des évolutions de leur métier.

À côté des thèmes classiques comme la schizophrénie ou la dépression résistante, un sujet va sûrement attirer les participants : l’état de stress post-traumatique, que les psychiatres français connaissaient relativement mal jusqu’à maintenant mais qui s’impose aujourd’hui.

Autre thématique plus légère, une session explorera les liens entre le 7e art et la psychopathologie. Arnaud Desplechin y présentera son film Rois et Reine (2004), où il est question de deuil, de séparation et de parentalité, sur fond de psychiatrie et de réflexion psychanalytique. Olivier Bouvet de La Maisonneuve livrera ses interprétations sur plusieurs œuvres cinématographiques à partir de son récent ouvrage Narcisse et Œdipe vont à Hollywood (éditions Odile Jacob).

Mais, pour Raphaël Gaillard, professeur de psychiatrie, chef de pôle au centre hospitalier Sainte-Anne et co-organisateur du congrès, la grande nouveauté se trouve du côté des objets connectés.

Petit entretien.

Le Point.fr :

Pensez-vous que les start-up vont révolutionner la psychiatrie ?

Pr Raphaël Gaillard : Je ne vous citerai qu’un exemple, celui de Thomas Insel. Ce psychiatre américain, spécialiste des neurosciences, a quitté le National Institute of Mental Health, qu’il dirigeait depuis 2002, pour rejoindre Google Live. Il va désormais travailler sur tous les outils nés des nouvelles technologies et sur l’intelligence artificielle dans le but de mieux comprendre et d’améliorer la santé mentale.

Nous sommes donc loin de la caricature du psychanalyste de Saint-Germain-des-Prés fumant sa pipe et buvant un chocolat chaud au café de Flore ou encore de celle des psychiatres hospitaliers. Et pourtant, les start-up, l’innovation, les objets connectés vont envahir leur univers.

Aujourd’hui, le smartphone fournit déjà un grand nombre de mesures simples. Il existe des casques pour méditer et des dispositifs qui améliorent l’endormissement. Et, surtout, des outils facilitent la pratique des thérapies cognitivo-comportementales, notamment pour les personnes phobiques. Il est bien plus simple, pour un psychiatre, d’utiliser un dispositif de réalité virtuelle plutôt que d’accompagner son patient dans un grenier rempli d’araignées ou dans une rame de métro bondée…Les outils arrivent et ils vont démultiplier la capacité à se projeter dans un monde virtuel.

Quels sont les bénéfices et les risques de ces techniques ?

Du côté des bénéfices, il y a tout d’abord une facilité d’accès alors que le champ de la psychiatrie reste encore stigmatisé. Quant aux post-adolescents, qui sont des « digital natives » (enfants du numérique, NDLR), ce sont les plus à même d’intégrer ce type de démarche. Il nous faut apprendre à interagir avec eux par ces moyens.

Quant aux inconvénients, la distance risque de dissoudre les liens, ce qui pourrait être gênant si une décision médicale s’impose.

D’autre part, il faut éviter toute confusion entre santé et bien-être. Certes, les objets connectés contribueront beaucoup au bien-être, y compris psychique, mais ils ne permettront pas toujours de répondre aux questions de santé et il ne faut pas remplacer l’un par l’autre. Par exemple, la méditation est bénéfique à tout le monde, mais il n’est pas démontré qu’elle fasse mieux qu’un traitement médicamenteux devant un épisode dépressif d’intensité modérée à sévère…

Source : Comment les objets connectés peuvent aider la psychiatrie – Le Point

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